INFO-Réunion
AUGUSTE LACAUSSADE (1815-1897)

Eric Boyer

BIOGRAPHIE

 
Auguste Lacaussade est né en 1815 à Saint-Denis de l’île Bourbon (île de La Réunion) fils d’un avocat bordelais et d’une esclave affranchie.
Il subit le racisme dès son plus jeune âge.
Il fait ses études en métropole. Inhumé au cimetière de Montparnasse en 1897, sa dépouille est rapatriée en février 2006 au cimetière paysager de Hell Bourg à Salazie.
Secrétaire, bibliothécaire, journaliste, il reçoit le Prix Maillé-Latour-Landry en 1850 et le Prix Bordin en 1862. Il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur‎ en 1860.

 
La place de son oeuvre dans la littérature
C’est à travers la poésie qu’il rend hommage aux esclaves et se bat contre la société coloniale de son île.
« Il préférait sa vie incertaine et sauvage
À des jours plus heureux coulés dans l'esclavage ;
Et, debout sur ces monts qu'il prenait à témoins,
Souvent il s'écriait : je suis libre du moins ! »

(Extrait des Salaziennes -Anchaine)
Sensible à la beauté et l’exotisme il publie Poèmes et paysages
O colosses de la nature,
Pics d’inaccessible hauteur,
Dont l’inébranlable structure
Brave l’ouragan destructeur !
Blocs altiers, masse indéfinie,
Gouffres, chaos, dés harmonie,
Que la main d’un fatal génie
Sema dans ces lieux écartés ;

(Extrait Poèmes et Paysages )
Dans sa poésie il dénonce le racisme, l’esclavagisme. Lui même a été victime de racisme de par son métissage.

«..La comme ailleurs , hélas! Règne la servitude.
Mais au sein des forêts cherchant la solitude,

Nous fuirons sur les monts un tableau douloureux ;

Et les nuages blancs qui montent du rivage

Déploieront sous nos pieds pour cacher l’esclabage
Leur voile errant et vaporeux. »
(Extrait de Les Salaziennes, 1859)

Bibliographie

- Les Salaziennes-1839
- Poèmes et Paysages-1852
- Les épaves-1861
-Le Cri de guerre- 1870
- Le Siège de Paris-1871
- Poèmes de Léopardi-1881

 

Parenthèse poétique

 

Anchaine


 

Mais quel est ce piton dont le front sourcilleux
Se dresse, monte et va se perdre dans les cieux ?
Ce mont pyramidal, c’est le piton d’Anchaine.
De l’esclave indompté brisant la lourde chaîne,
C’est à ce mont inculte, inaccessible, affreux,
Que dans son désespoir un Nègre malheureux
Est venu demander sa liberté ravie.
Il féconda ces rocs et leur donna la vie ;
Car, pliant son courage à d’utiles labeurs,
Il arrosait le sol de ses libres sueurs.
Il vivait de poissons, de chasse et de racines ;
Parfois, dans la forêt ou le creux des ravines,
Aux abeilles des bois il ravissait leur miel,
Ou prenait dans ses lacs le libre oiseau du ciel.
Séparé dans ces lieux de toute créature,
Se nourrissant des dons offerts pas la nature,
Africain exposé sur ces mornes déserts
Aux mortelles rigueurs des plus rudes hivers,
Il préférait sa vie incertaine et sauvage
À des jours plus heureux coulés dans l’esclavage ;
Et, debout sur ces monts qu’il prenait à témoins,
Souvent il s’écriait : je suis libre du moins !
Cependant, comme l’aigle habitant des montagnes,
Qui du trône des airs descend vers les campagnes,
Sur la terre et les champs plane avec majesté,
Et, s’approchant du sol par sa proie habité,
La ravissant au ciel dans sa puissante serre,
Reprend son vol royal et remonte à son aire ;
Le noble fugitif, abandonnant les bois,
De son mont escarpé descendait quelquefois ;
Il parcourait les champs, butinait dans la plaine,
Et revolant ensuite à son affreux domaine
Par l’âpre aspérité d’un sentier rude et nu,
Invisible aux regards et de lui seul connu,
Il regagnait bientôt sa hutte solitaire.

(Le piton d’Anchaine, extrait du recueil Les Salaziennes, 1839)

 



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