INFO-Réunion
Évariste PARNY

Eric Boyer

 

Évariste Parny de son vrai nom Evariste Désiré De Forges chevalier puis vicomte De Parny est né à Saint-Paul de l’île Bourbon.

C’est vers l’âge de neuf ans qu’il quitte l’île de la Réunion pour faire des études à Rennes.

Il choisit une carrière militaire et devient officier de la garde de Louis XV. C’est à la suite d’un court séjour sur l’île en 1773, qu’il s’éprend d’une jeune créole qui épouse un autre que lui. Il sombre dans un désespoir amoureux.

 

Il est élu à l’Académie française et devient membre de l’Institut en 1813. Il est le premier académicien réunionnais.

 

 

 

La place de son œuvre dans la littérature

Dans un style élégiaque Ses poésies érotiques (en 1778) et Elégies, traduisent ses amours malheureuses, et séduisent le public du XVIIIe siècle.

 

« Cherchons des voluptés nouvelles ;
Inventons de plus doux désirs ;
L'amour cachera sous ses ailes
Notre fureur et nos plaisirs. »

(Extrait du recueil poésies érotiques- T’aimer est le bonheur suprême)

 

A travers les Chansons Madécasses (ancien nom qui désigne les habitants de Madagascar) il invente une nouvelle forme littéraire qui est la prose (1787).

 

La Guerre des Dieux (1799) est un poème satirique qui lui a valu de nombreuses plaintes dès sa parution . « Il s'agit d'une satire du monde clérical ainsi que d'une violente critique de quelques dogmes, notamment les doctrines de la Trinité et de la virginité de Marie ». Sujet de scandale dans les milieux conservateurs parisiens, il fait l’admiration auprès d’autres écrivains notamment d’un poète russe Pouchkine qui disait de lui « Parny c’est mon maître »

 

 

Il dénonce les violences colonialistes et les injustices faites aux peuples qui sont colonisés.

 

« Les blancs promirent, et cependant ils faisaient des retranchements. Un fort menaçant s'éleva ; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d'airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connaissions pas ; ils parlèrent enfin d'obéissance et d'esclavage : plutôt la mort !  Le carnage fut long et terrible ; mais malgré la foudre qu'ils vomissaient et qui écrasait des armées entières, ils furent tous exterminés. Méfiez-vous des blancs. »

(Extrait des chansons madécasses-Chansons 5).
 

 

Bibliographie

 

Poésie et prose:

-Épître aux insurgents de Boston, pamphlet. Paris: sne, 1777.

-Poésies érotiques. Paris: sne (« À l’isle de Bourbon »), 1778.

-Opuscules poétiques. Amsterdam: sne, 1779.

-Oeuvres de M. le chevalier de Parny, contenant ses opuscules poétiques et ses poésies érotiques. À l’Isle de Bourbon: Lemarié, 1780.

-Chansons madécasses, traduites en français, suivies de Poésies fugitives par Évariste Parny. Avec trente vignettes gravées sur bois, en couleurs, par J. E. Laboureur. À Londres et à Paris: Hardouin et Gattey, 1787.

-Oeuvres complètes du chevalier de Parny. 2 Vols. Paris: Hardouin et Gattey, 1788.

-La guerre des Dieux. 1799. La Guerre des dieux anciens et modernes, poëme en 10 chants, 2e édition. Paris: Didot, an VII. La guerre des Dieux, poème en dix chants. Paris: Debray, 1808.

-Goddam, poème en 4 chants. 1804. 3e édition, Paris: Capelle et Renaud, an XII.

-Porte-feuille volé, contenant: 1. Le paradis perdu, poème en quatre chants; 2. Les déguisements de Vénus, tableaux imités du grec; 3. Les galanteries de la Bible, sermon en vers. Paris: Debray, 1805.

-Les voyages de Céline, poème. Paris: Debray, 1806.

-Les Rose-Croix, poème en douze chants. Paris: Renouard et Debray, 1807.

-Poésies inédites. Paris: Tissot, 1808.

-Oeuvres d’Evariste Parny. Paris: Debray, 1808, 1812.

-Oeuvres complètes de Parny. Bruxelles: A. Wahlen, 1824; Bruxelles: J.P. Meline, 1834.

-Parny. Œuvres complètes, textes présentés et annotés par Gwenaëlle Boucher. 4 vols. Paris: L’Harmattan, 2010. Vol. 1: La Guerre des Dieux, Les Déguisements de Vénus; Vol. 2: Les Galanteries de la Bible, Le Paradis perdu, Goddam, Les Rose-Croix; Vol. 3: Isnel et Asléga, Jamsel, Le Voyage de Céline, Élégies, La Journée champêtre, Le Promontoire de Leucade, Les Fleurs, Les Tableaux, Chansons madécasses; Vol. 4: Mélanges, Opuscules, Lettres, Réponses, Discours de réception à l’Académie française.

 

 

 

Parenthèse poétique





L'amour est éteint pour la vie

 

J'ai cherché dans l'absence un remède à mes maux ;
J'ai fui les lieux charmants qu'embellit l'infidèle.
Caché dans ces forêts dont l'ombre est éternelle,
J'ai trouvé le silence, et jamais le repos.
Par les sombres détours d'une route inconnue
J'arrive sur ces monts qui divisent la nue :
De quel étonnement tous mes sens sont frappés !
Quel calme ! quels objets ! quelle immense étendue !
La mer paraît sans borne à mes regards trompés,
Et dans l'azur des cieux est au loin confondue.
Le zéphir en ce lieu tempère les chaleurs ;
De l'aquilon parfois on y sent les rigueurs ;
Et tandis que l'hiver habite ces montagnes,
Plus bas l'été brûlant dessèche les campagnes.

Le volcan dans sa course a dévoré ses champs ;
La pierre calcinée atteste son passage :
L'arbre y croît avec peine ; et l'oiseau par ses chants
N'a jamais égayé ce lieu triste et sauvage.
Tout se tait, tout est mort ; mourez, honteux soupirs,
Mourez importuns souvenirs
Qui me retracez l'infidèle,
Mourez, tumultueux désirs,
Ou soyez volages comme elle.
Ces bois ne peuvent me cacher ;
Ici même, avec tous ses charmes,
L'ingrate encor me vient chercher ;
Et son nom fait couler des larmes
Que le temps aurait dû sécher.
O dieux ! ô rendez-moi ma raison égarée ;
Arrachez de mon cœur cette image adorée ;
Éteignez cet amour qu'elle vient rallumer,
Et qui remplit encor mon âme tout entière.
Ah ! l'on devrait cesser d'aimer
Au moment qu'on cesse de plaire.

Tandis qu'avec mes pleurs la plainte et les regrets
Coulent de mon âme attendrie,
J'avance, et de nouveaux objets
Interrompent ma rêverie.
Je vois naître à mes pieds ces ruisseaux différents,
Qui, changés tout-à-coup en rapides torrents,
Traversent à grand bruit les ravines profondes,
Roulent avec leurs flots le ravage et l'horreur,
Fondent sur le rivage, et vont avec fureur
Dans l'océan troublé précipiter leurs ondes.

Je vois des rocs noircis, dont le front orgueilleux
S'élève et va frapper les cieux,
Le temps a gravé sur leurs cimes
L'empreinte de la vétusté.
Mon oeil rapidement porté
De torrents en torrents, d'abîmes en abîmes,
S'arrête épouvanté.
O nature ! qu'ici je ressens ton empire !
J'aime de ce désert la sauvage âpreté ;
De tes travaux hardis j'aime la majesté ;
Oui, ton horreur me plaît ; je frissonne, et j'admire.

Dans ce séjour tranquille, aux regards des humains
Que ne puis-je cacher le reste de ma vie !
Que ne puis-je du moins y laisser mes chagrins !
Je venais oublier l'ingrate qui m'oublie,
Et ma bouche indiscrète a prononcé son nom ;
Je l'ai redit cent fois, et l'écho solitaire
De ma voix douloureuse a prolongé le son ;
Ma main l'a gravé sur la pierre ;
Au mien il est entrelacé.
Un jour le voyageur, sous la mousse légère,
De ces noms connus à Cythère
Verra quelque reste effacé.
Soudain il s'écria : Son amour fut extrême ;
Il chanta sa maîtresse au fond de ces déserts.
Pleurons sur ses malheurs, et relisons les vers
Qu'il soupira dans ce lieu même.


 

 
 




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